La fin d'une époque

30 novembre 2020


LA FIN D’UNE ÉPOQUE

Il est zéro heure, zéro minutes, vous êtes à l’écoute du poste XJG-63 opérant sur une fréquence de 154.25 mégacycles, en opération vingt-quatre heures par jour, opérateur en devoir, L.-P. Laliberté.

A toutes les casernes, veuillez vous identifier par ordre numérique sur le système radiophonique !

Ces deux phrases, les plus âgés d’entre nous les ont entendues à des milliers de reprises alors qu’au milieu des années soixante, entrait en fonction au service des incendies, un système de radio-communications calqué sur celui de la ville de New York et dont la très haute fréquence de transmission (VHF) était la même que celle de son quartier de Manhattan.

C’était l’époque ou tout le système de transmission était basé sur le rapprochement de la boite d’alarme située près de l’appel et des toutes premières radios disponibles uniquement pour les chefs, les membres de la haute direction et pour les deux pionniers techniciens de la radio (Jean-Marie Angers voiture 50 et plus tard Michel Renaud voiture 51) qui répondaient à toutes les deuxièmes alarmes pour assurer le bon fonctionnement de ces gros appareils à lampe qu’on allait installer progressivement dans toutes les unités du service bien avant l’arrivée des radio-portatives quelques années plus tard.

Les fréquences des services publics (PBS) étaient diffusées sur la bande VHF que nous pouvions tout d’abord capter sur des modèles de radio réguliers qui la proposaient en plus des bandes AM et FM et parfois MB (marine band). Il suffisait de connaitre le numéro de la fréquence et de la syntoniser comme on le faisait pour tout autre poste de radio conventionnel. Écouter le service des incendies de Québec, juste à côté du poste XJF-96 Radio Police Québec, devenait alors un jeu d’enfant et nous permettait d’être au courant de tout ce qui se passait en fait divers dans notre ville qui comprenait treize casernes et qui ne s’étendait que de la rue Painchaud à la rue D’Estimauville. Plus rares à Québec, ces appareils étaient davantage disponibles du côté américain particulièrement dans les boutiques de marchands électroniques d’Old Orchard à des prix variant de l’humeur d’un marchand à l’autre et à la capacité de négocier de l’acheteur.

Puis, vint la compagnie Radio Shack qui proposait ses balayeurs de fréquences à cristaux de marque Realistic qui offraient une réception nettement supérieure à celle des modèles précédents. C’est autour de ces auditeurs et grâce à l’ardeur de ces quelques pionniers que fut formé en 1989 le Club Appel 99 dont nous faisons tous maintenant, plus de trente années plus tard, encore partie. Le changement de fréquences très hautes (VHF) en des fréquences ultras hautes (UHF) et plus performantes amena encore une fois un changement dans le mode de réception alors que les cristaux disparurent pour laisser place aux balayeurs programmables que nous utilisons encore pour le moment.

Mardi le 1er décembre prochain marquera pour le service le début d’un temps nouveau, mais pour le Club Appel 99, la triste fin d’une époque glorieuse qui a permis la création de l’organisme que nous sommes. Les conversations de notre service des incendies ne seront plus accessibles au public et à l’ensemble de nos membres sauf aux responsables des activités de la cantine et de l’unité de photographie dans l’exercice de leurs fonctions. Pour les avoir écoutées pendant toute notre vie, c’est là un deuil que nous aurons tous à supporter à des degrés divers nous en sommes bien conscients.


André Savard
Président
Club Appel 99

Photographe : René Jobin